Le déploiement radieux des plumes de paon

Regarder directement la dynamique des émotions dans le Dzogchèn

Cette nuit, j’ai fait un rêve… J’ai rêvé que j’évoluais dans un monde où les émotions émergeaient comme des couleurs qui teintaient tout l’environnement. Bleu pour la colère, rouge pour le désir, vert pour la jalousie, jaune pour l’orgueil… Les couleurs se mélangeaient les unes aux autres dans autant de teintes que de subtilités. Dans cette palette infinie de possibilités, l’esprit, tel un peintre, dessinait à sa guise, sa réalité. Et dans ce tableau d’arbres aux feuillages turquoise, de ciel couleur rubis, d’oiseaux vert émeraude et de nuages jaune canari, j’assistais à un spectacle extraordinaire et mouvant… Au quotidien, si nous avions la possibilité de voir l’environnement se teinter au gré de nos émotions, nous serions vraiment surpris de percevoir à quel point elles imprègnent la réalité pour en faire ce que nous croyons être notre réalité.

Écrit par Johanne Bernard

Johanne est scénariste pour le cinéma et la télévision, et auteure. Elle pratique la méditation bouddhiste et le Dzogchèn depuis plus de dix ans.

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Dans cet article, Johanne fait un magnifique parallèle entre nos émotions et le déploiement radieux des plumes d’un paon. A lire absolument !

Finalement, lorsqu’on apprend à regarder directement, les émotions nous permettent de percevoir l’extraordinaire nature de notre esprit. C’est parce que nous avons un corps, des pensées, des sensations, des perceptions, et des émotions que nous avons la possibilité d’avoir accès à cette nature, et de la reconnaître…

Les émotions, nous pensons bien les connaître : nous vivons avec depuis notre plus jeune âge. Elles sont comme des sortes de partenaires qui nous accompagnent tout au long de notre existence. Certaines sont nos amies. Nous les chérissons, et cherchons à y demeurer le plus possible car elles sont confortables. D’autres sont nos ennemis, et nous les évitons à tout prix, parce qu’elles nous font peur ou nous dérangent. Les émotions font partie de nous. Nous avons l’impression qu’elles constituent notre identité : « Cette personne est d’un tempérament ‘jaloux’ » , « telle autre, dès bébé, était ‘colérique’ »… Nous leurs attribuons en même temps une origine extérieure : ce voisin nous met systématiquement en colère, cette situation nous fait peur. Un souvenir, parfois, suffit à les déclencher. Et ce ballet sans fin, souvent, nous épuise. Qu’il serait bon de ne plus ressentir d’émotions parfois !…

Mais, revenons au rêve du début, que deviendrait alors l’extraordinaire spectacle mouvant qu’offre notre esprit, si les émotions disparaissaient ?

Le Dzogchèn ne nous dit pas d’arrêter ces émotions, c’est impossible ! Les émotions sont l’expression de la dynamique de l’esprit. Comme un paon qui déploie d’un coup ses plumes, les émotions jaillissent, sans cesse, révélant au travers l’iridescence de leur multitude d’yeux, la qualité incroyablement agile de notre propre esprit… Si nous nous sentons affectés par ce déploiement, c’est parce que nous portons toute notre attention sur l’émotion elle-même, plutôt que sur sa dynamique. Le Dzogchèn nous propose donc de lâcher le concept «émotion » pour regarder juste son apparition, tel un paon qui regarderait le déploiement de ses propres plumes dans un miroir. En restant observateur du mouvement incessant de notre esprit – déploiement, disparition, déploiement – nous nous habituons petit à petit à porter notre attention directement sur le processus dynamique de manifestation, plutôt que sur son résultat.

En nous entraînant ainsi, nous ne reconnaissons plus l’émotion comme ayant une existence propre, mais comme une dynamique. Reconnues comme une expression, un mouvement, les émotions jaillissent et disparaissent alors dans un jeu incessant mais désormais naturel. Comme des bulles à la surface de l’eau, elles émergent puis rejoignent leur essence, qui est la base primordiale de l’esprit, dans le Dzogchèn. La colère, le désir, l’orgueil, la jalousie continuent à émerger mais, non saisies, se libèrent d’elles-mêmes et retrouvent naturellement leur essence. Rien n’est à ôter, ni à ajouter. Rien n’est à faire ! L’esprit s’éveille à sa propre nature.

Dans la tradition Dzogchèn, on parle des ‘cinq passions’ fondamentales (le désir-attachement, la colère-aversion, la confusion, l’orgueil, et la jalousie) comme l’expression multiple de la nature de l’esprit… Les plumes de paon symbolisent, elles, la vision directe de ces cinq passions comme étant les cinq sagesses, manifestation de la luminosité de rigpa.

Finalement, lorsqu’on apprend à regarder directement, les émotions nous permettent de percevoir l’extraordinaire nature de notre esprit. C’est parce que nous avons un corps, des pensées, des sensations, des perceptions, et des émotions que nous avons la possibilité d’avoir accès à cette nature, et de la reconnaître… Et c’est aussi ce que veut dire « précieuse existence humaine » dans le Dzogchèn !

Alors, réjouissons-nous, Emaho !!! comme on le dit dans la tradition.

 

Vous pouvez écouter le podcast sur le sujet des émotions ICI.

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