LE HÉROS DZOGCHÈN 1

Écrit par Johanne Bernard

Johanne est scénariste pour le cinéma et la télévision, et auteure. Elle pratique la méditation bouddhiste et le Dzogchèn depuis plus de dix ans.

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Dans “Le héros Dzogchen 1”, Johanne nous raconte le début du voyage de l’apprenti-héros, dans les pas de l’ami de bien…

Le héros dzogchèn – partie 1

ou “Pawo”

Série “Comment suivre l’Ami de Bien”

 

Un voyage de héros commence toujours de la même manière : le personnage, qui n’est pas encore un héros, est confortablement installé dans son fauteuil. Même si son fauteuil est inconfortable, il y est très attaché, car il y a ses habitudes. Puis, un jour, un événement vient bousculer sa vie. Il ébranle si fort, si profondément, les certitudes du personnage, que celui-ci n’a pas d’autre choix que de se lever de son fauteuil… pour partir à la découverte du monde inconnu qui s’ouvre à lui.

Dans le voyage du héros Dzogchèn, l’appel à l’aventure démarre avec une rencontre, celle avec quelqu’un qui est déjà parti en exploration avant lui et qui lui montre, directement, ce qu’il y a trouvé : la nature vide et lumineuse de l’esprit. Cet événement, c’est ce qu’on appelle dans la tradition, l’introduction à la nature de l’esprit, le Rigpé Tsèl Wang. C’est l’entrée dans la vue, la présentation directe de Rigpa [1],

le point de départ du voyage. Cette rencontre, c’est celle avec l’ami de bien, celui qui va le guider pendant tout le voyage.

L’ami de bien, c’est lui qui, au seuil du monde inconnu, donne à l’apprenti héros son équipement d’exploration, c’est-à-dire les instructions essentielles sur l’esprit. Mais s’il connaît la carte routière du voyage, ce n’est pas pour autant qu’il va la donner dès le début au voyageur. L’ami de bien est là pour le guider, mais pas pour faire l’exploration à sa place.

« L’équipement est essentiel, mais il n’est pas suffisant si le voyageur ne sait pas pourquoi il part », dit l’ami de bien à l’apprenti héros qui s’apprête à franchir le seuil du monde inconnu. « Pas d’aventure, sans quête » dirait Joseph Campbell, un spécialiste des mythes. « Pas de quête, sans motivation », dit encore l’ami de bien. Et pour cela, il faut commencer par s’asseoir… S’asseoir pour trouver la motivation primordiale, la bodhicitta (prononcer boditchita) : celle de se libérer de la souffrance engendrée par la non-connaissance de la véritable nature de son esprit, et par là-même aider tous les êtres à se libérer. S’asseoir, ensuite, pour partir à l’exploration de son esprit en se rappelant toujours de cette motivation primordiale.

“Le courage vient de la motivation. C’est la motivation qui permet d’aller au-delà de la peur.”

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La bodhicitta,“ l’esprit pur et parfait”, c’est le prérequis avant toute pratique, toute méditation ; le pilier du voyage, la clef du monde inconnu. C’est la première quête de l’apprenti héros, qui, pour la trouver, doit s’asseoir, encore, encore, et encore…

L’ami de bien le sait, lui qui est passé par là : on ne devient pas un héros comme ça ! Il suffit de lire les Namtar [2]

des grands maîtres pour s’en rendre compte… Combien de tours à plusieurs étages, Milarépa, un yogi tibétain du 11ème siècle a-t-il du édifier pour renforcer sa motivation auprès de son maître Marpa ? Combien de difficultés, Sera Khandro, une grande pratiquante du 19ème siècle, a-t-elle dû surmonter, elle qui écrit au début de son autobiographie : « Les moindres qualités issues de l’étude, de la contemplation et de la méditation me font défaut, Et je suis constamment assaillie par la paresse et la distraction. Qu’une personne aussi indigne écrive une histoire profonde sur l’émergence d’excellents enseignements et de nobles qualités, Voilà qui fait penser à un lotus poussant dans le ciel, une impossibilité notoire. »

Du courage, il en faut à l’apprenti héros. Certains maitres n’hésitent pas d’ailleurs à employer la manière forte pour faire avancer plus vite leurs élèves : un lancer de pierre sur la tête par ici, un PHET retentissant par-là, un rire tonitruant alors que l’élève, fier de lui, croit être allé au bout de son exploration… Dans le monde tibétain, il y a un terme qui englobe à la fois les notions de héros et de guerrier pour parler des pratiquantes et pratiquants courageux et sans peur : ‘Pamo et Pawo’.

Le courage vient de la motivation. C’est la motivation qui permet d’aller au-delà de la peur. Mais ce qu’est en train de découvrir l’apprenti héros alors qu’il s’assoit, et s’assoit, et s’assoit encore, est encore plus extraordinaire : c’est au sein de la bodhicitta, le rayonnement de la nature de son propre esprit, que l’on devient une Pamo ou un Pawo.

L’ami de bien sourit : l’aventure de son apprenti héros peut véritablement commencer…

[1] Rigpa : « évidence primordiale », la présence naturelle de l’aspect primordial de l’esprit.     BACK

[2] Namtar : biographie de maitres dans le bouddhisme tibétain, qui comporte trois aspects, le récit extérieur de la vie, intérieur des pratiques et des expériences réalisées, et secret de la réalisation atteinte.

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