Le passage du col

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Écrit par Maréva Bernard

Maréva est manager de projet et coach. Elle est impliquée pour La Sauveté depuis 2012 et présidente de l'association La Galave depuis 2016. Elle pratique le Dzogchèn depuis 2011.

L'aventure Dzogchèn | Réflexions sur la vie

Dans “le passage du col”, Maréva partage la symbolique du passage des cols en Himalaya comme en Occident et son lien avec le chemin du pratiquant.

 
Série : L’été de la montagne

 

Le passage du col

Je ne suis pas une grande sportive mais en randonnée, j’ai une obsession tenace. Aller voir de l’autre côté ce qui se cache derrière le tournant du chemin, ce qui se trouve derrière la crête devant nous. Et si il y avait une belle vue ? Et si il y avait quelque chose d’autre ?

Un col a quelque chose de magique : sans quitter la route, on y passe d’un univers à un autre. Quelques mètres et parfois on change radicalement de décor : on arrive sur un plateau, ou dans une vallée verdoyante, le décor se fait plus acéré ou l’on découvre qu’ici la neige n’a pas encore fondu. Une légère peur parfois s’élève, de ne pas savoir ce qui nous attend après. Le chemin deviendra-il hostile ou au contraire plus bucolique ?

Ce sentiment fugace marque l’intuition d’un lieu important, une notion encore bien vivante en Himalaya mais que les traditions d’Occident n’ignoraient pas non plus.

 

 “Nous marchons sur le chemin et d’un col à un autre, de nouveaux territoires de connaissance se dévoilent, nous amenant de plus en plus proche de la connaissance supérieure.” 

Dans nos montagnes, ces espaces étaient déjà des lieux d’intercession divine. Ils représentaient des territoires dangereux, où la nature se faisait plus sauvage et où le vent soufflait fort, derrière lesquels des brigands pouvaient se cacher, et qui nécessitaient de s’en remettre à une force supérieure pour protéger son chemin. On y positionnait des sanctuaires aux divinités locales, qui sont devenus chapelles, croix et oratoires, pour la protection mais aussi pour symboliser cet espace de rencontre entre deux mondes.
Un des cols les plus connus est celui du Grand St Bernard, dans le Valais suisse, sur la via Francigena qui se dirige vers Rome. Dans l’antiquité, un temple à Jupiter y fut érigé par les romains, avant que plusieurs siècle plus tard, ce soit Bernard d’Aoste, devenu saint Bernard qui y fonda un hospice pour protéger les voyageurs au 9ème siècle.[1]

Du côté de l’Orient, dans un article universitaire sur la marche en Himalaya, Isabelle Sacareau décrit : “Dans les régions de culture tibétaine, les cols d’altitude sont ponctués de chörten, cairns surmontés de drapeaux à prières où les voyageurs déposent une pierre, une fleur ou un morceau de tissu pour signifier la victoire des dieux sur les démons et les remercier d’avoir permis leur passage.”[2] On ponctue encore aujourd’hui ce moment par un retentissant “kyi kyi so so lha gyal lo !”, en cri de victoire. Car c’est bien le territoire des yulhas qui a été traversé, les divinités des montagnes que Paul nous présentait dans La montagne est vivante 2.

Le passage du col @dzogchentoday

Le passage d’un col peut aussi revêtir un aspect spirituel, encore plus spécifiquement lors des pèlerinages. Il symbolise alors un changement d’état.

Sur le chemin de circumambulation du mont Kailash, la montagne la plus sacrée du Tibet central, le passage du col, le “Drolma la”, est un moment des plus importants du chemin. Il symbolise le passage entre deux vies. Sa traversée est le résultat d’une longue ascension, le plus souvent depuis le monastère de Drirapuk où le pèlerin aura fait halte la veille. Les 600 mètres de montée assez raide qui le précèdent, entre 5000 et 5600 mètres d’altitude, présentent un immense effort pour le marcheur alors que l’air s’est raréfié.
Au bord du chemin, les pèlerins déposent un vêtement, symbolisant les actes négatifs purifiés par l’effort et la bénédiction de l’éveillée parfaite Tara, et arrivés au sommet, ils font des offrandes de fumée, accrochent des drapeaux, offrent de l’encens, sèment au vent des papiers imprimés de prière. Ainsi on salue les divinités du lieu, on prie et on remercie les éveillés parfaits. De l’autre côté du col, le lac de la compassion les attend, puis la redescente. C’est une renaissance, un nouveau voyage qui commence.

Le passage du col @dzogchentoday

Ces chemins extérieurs sont un reflet de notre chemin intérieur. Nous marchons sur le chemin et d’un col à un autre, de nouveaux territoires de connaissance se dévoilent, nous amenant de plus en plus proche de la connaissance supérieure.

C’est un changement d’état dans la continuité, le regard se pose simplement sur un horizon qui n’était pas visible jusque-là mais qui a toujours été présent et se dévoile alors. C’est le chemin qui continue, sans rupture, mais où tout devient différent.

Et un jour se présente le sommet, en haut duquel la connaissance embrasse tout, par la bénédiction des éveillés parfaits.

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