Haut vol

dzogchentoday-mk

Écrit par Mila Khyentse

Mila Khyentse est un enseignant français du Dzogchèn et du Bouddhisme tibétain et l'initiateur du projet Dzogchen Today!

Blog | L'aventure Dzogchèn | Réflexions sur la vie

Dans “Haut vol”, Mila Khyentse parle de plonger, sauter, planer… dans les Jeux Olympiques de la Grande Perfection.

Série : Été 2024

 

Haut vol 

10 mètres au-dessus de l’eau. Les pieds en équilibre sur la plateforme, j’ai la tête levée et regarde le ciel. J’ai répété ce moment des milliers de fois. À cet instant, tout est vide en moi. Les images des figures à effectuer se sont évanouies. Les commentaires sur les mouvements à faire ne sont plus. Mes tempes qui cognent à cause de l’adrénaline sont oubliées. Même moi, « je » n’y suis plus. C’est la liberté ! C’est l’instant hors du temps. Tout est suspendu. Pas arrêté, car il y a quelque chose qui continue, mais je ne saurais dire quoi. Et cela n’a aucune importance. Tout est là, simplement.

“C’est cela la pratique du Dzogchèn : plonger, replonger, plonger encore, plonger toujours, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de plongeon.” 

Il y a un petit moment, j’ai réalisé que si j’avais commencé à m’entraîner au plongeon de haut vol il y a 20 ans, c’était pour ce moment précis. Cet instant si particulier, si magique, qui ne ressemble à aucun autre. Celui où je ne suis plus simplement une version low cost de moi-même, mais quelque chose d’infini, de lumineux, de totalement libre et immensément présent. Quelle extraordinaire sensation ! Et même ça, c’est loin de la réalité.

dzogchentoday-high diving.jpg

Mon entraîneur appelle ça la nature primordiale de l’esprit. Au crépuscule de ma carrière, à 35 ans, j’ai finalement retrouvé – grâce à lui – cette expérience dans la pratique de la Grande Perfection. Plus besoin de sauter désormais, je peux tout faire assis. Il suffit juste de me concentrer comme je l’ai toujours fait, mais plus longtemps, plus profondément, sans bouger et en appliquant d’autres méthodes. J’ai même pu mettre un nom sur cette expérience : le vol du Garouda. C’est apparemment appelé ainsi dans le monde tibétain. Peu importe le nom, tant que l’expérience demeure et s’amplifie. C’est cela la pratique du Dzogchèn : plonger, replonger, plonger encore, plonger toujours, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de plongeon. Je dois donc quand même dire que le plongeon de haut vol a été une bonne préparation à la pratique de la Grande Perfection !

D’ailleurs aujourd’hui, je saute une dernière fois – et en plus dans la Seine, c’est là l’exploit le plus extraordinaire en fait ! – pour me faire un dernier souvenir que je raconterai à mes petits-enfants. Si je survis à l’épreuve bien entendu. Et puis, les Jeux Olympiques de la Grande Perfection, ce n’est pas tous les jours !

Alors, peu importe si je suis sur le podium ou pas, peu importe la victoire ou l’échec, peu importe si on me jette des fleurs ou des orties… Tout ça, je ne le souhaite plus – le privilège de l’âge ? –, car je sais maintenant que ce que j’emporterai avec moi au crépuscule de ma vie ne sera rien de tout cela, mais les moments que j’aurais passé suspendu dans le vide, planant dans la nature primordiale de mon propre esprit lumineux, vide et immensément libre.

Tiens, je suis déjà dans l’eau…

Les autres articles de la série Été 2024 sont ici : Cérémonie d’ouvertureNenikekamen!

More Posts