Les pentes de l’esprit

Écrit par Mila Khyentse
Blog | Et moi dans tout ça ?
Dans « Les pentes de l’esprit », Mila Khyentse parle de montagne, remontées mécaniques, effort, discipline et vision de la Grande Perfection.
Série : L’été de la montagne
Les pentes de l’esprit
J’aime bien la montagne l’été. Il y fait généralement moins chaud maintenant qu’en bord de mer et on y respire mieux. Bien installé dans l’œuf qui me monte au sommet, je me dis que c’est bien pratique de pouvoir franchir 2000 mètres de façon mécanique, sans effort et en quelques minutes. On oublie très souvent à quel point notre vie est devenue très confortable, ne serait-ce que par rapport à la génération de nos grands-parents. On oublie aussi à quel point notre esprit est désormais accoutumé à ce confort et que, par habitude, on a souvent tendance à négliger le principe de l’effort. Bien sûr, ce n’est pas universel sur la terre, mais néanmoins c’est une tendance qui grandit de plus en plus. Dans le Dzogchèn, on dit souvent qu’il n’y a « pas d’effort ». La nature de notre esprit étant toujours présente dans sa forme parfaite, si notre vision est dégagée et claire, elle est déjà au sommet et elle contemple en un regard toute la vallée de l’esprit. Elle n’a pas besoin de remontée mécanique, elle.
“L’avantage avec les pentes de l’esprit, c’est de comprendre que l’inclinaison de la pente est illusoire (…)”
Pourtant, si elle n’est pas claire, si elle est obscurcie par nos petits tracas et notre déprime d’un côté, et notre tendance au confort et à l’oubli de l’autre, il est alors nécessaire de faire un peu de randonnée, de remonter la pente à pied, les skis d’été (sur herbe) sur le dos. Cela s’appelle « acquérir une discipline » et, comme dans l’activité sportive, cela nécessite un entraînement. Je prends ainsi des cours sur la façon de remonter la pente et de la descendre. Je vais doser cet effort et l’adapter à ma condition. Si par exemple, je passe ma vie assis et la tête penchée sur un écran, je sais que je ne vais pas pouvoir immédiatement développer un effort physique intense et que cela peut même être dangereux. Je vais donc bâtir ma discipline par de petits efforts constants qui deviendront discipline naturelle.
Les pentes de l’esprit vont m’être accessibles petit à petit : l’effort va devenir discipline, la discipline va devenir intégration, l’intégration va devenir réflexe naturel et finalement, le non-effort sera atteint. Il me sera désormais possible de monter et descendre les pentes de l’esprit à ma guise et de pouvoir admirer le panorama lorsque j’en ai envie, en remontant à pied, mécaniquement… ou en ne remontant pas du tout. L’avantage avec les pentes de l’esprit, c’est de comprendre que l’inclinaison de la pente est illusoire et que la montée et la descente peuvent se faire au même endroit, au sein de la vision. On finit un jour par le réaliser pleinement.
« Mais ça, ce sera un jour », me dis-je en descendant de l’œuf et en chaussant mes skis sur herbe.
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