Les sentiers invisibles

Ecrit par Mila Khyentse
Blog | L'aventure Dzogchèn
Dans « Les sentiers invisibles », Mila Khyentse trace une fine ligne de sable entre la Merveille et la Grande Perfection.
Série : L’été de l’ocean
Les sentiers invisibles
Connaissez-vous le mont Saint-Michel ? Bien sûr, qui ne le connaît pas ?
On pourrait parler de la Merveille, de la statue de l’archange en haut de la flèche, de sa position et son aura exceptionnelles, mais nous allons ici plutôt arpenter ses chemins invisibles.
Peut-être vous êtes-vous déjà promené, à marée basse, le long de ses sentiers liquides. C’est une expérience vraiment intéressante à vivre : il y a des chemins, mais on ne les voit pas. Ils ne sont pas balisés comme on en a l’habitude par une haie de platanes ou de l’herbe ou des trottoirs. Non, ces sentiers-là sont invisibles pour celles et ceux qui ont l’habitude de se déplacer sur la terre ferme. C’est par l’expérience que l’on apprend à les repérer, à savoir que l’on est sur du sable ferme et pas des sables mouvants ou des trous d’eau. Petit à petit, on repère le subtil écoulement de l’eau, le mouvement du sol meuble et le processus des sillons s’imprime dans notre esprit. Finalement, les sentiers invisibles deviennent visibles pour notre œil exercé.
“Dans cette immensité, le chemin vers la nature primordiale de notre esprit devient visible petit à petit et il est scandé de réalisations successives (…)”
Voilà le principe du chemin dans le Dzogchèn : c’est également un sentier invisible. Il se trace au fur et à mesure de la compréhension de notre fonctionnement et de la réalisation de ce que nous sommes vraiment, de notre nature. Dans la Grande Perfection, rien n’est défini, définitif et tout est toujours un potentiel infini. Dans cette immensité, le chemin vers la nature primordiale de notre esprit devient visible petit à petit et il est scandé de réalisations successives (il y a cinq chemins successifs menant à seize « terres » ou niveaux de réalisation de la nature de l’esprit dans cette tradition). Ces réalisations nous aident à repérer l’aspect subtil du chemin. Ainsi, le chemin, le départ et le résultat ne font plus qu’un.
Et nous finissons par les contempler du haut de la Merveille.
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