Suivre un maître

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Écrit par Maréva Bernard

Maréva est manager de projet et coach. Elle est impliquée pour La Sauveté depuis 2012 et présidente de l'association La Galave depuis 2016. Elle pratique le Dzogchèn depuis 2011.

Dzogchèn Introduction générale

Maréva développe la manière de suivre un maître, l’exigence mais aussi l’évidence de ce chemin vers la réalisation de la nature primordiale.

Série : La relation maître-disciple

 

Suivre un maître

 

Quand nous rencontrons un maître, il est indispensable de commencer par un temps d’observation pour savoir si son enseignement peut correspondre à notre recherche, ou pas.

Nous écoutons ses enseignements, nous sommes attentifs à ses actes, nous pouvons même le côtoyer, lui proposer un café, mais nous ne sommes alors que dans cette phase d’observation.

Si ce qu’il fait passer ne nous convient pas, nous finissons par aller chercher d’autres voies ailleurs. Si cela nous convient, nous nous impliquons de plus en plus. Cela se fait souvent progressivement, parfois même sans que l’on s’en rende compte. Nous développons alors une réelle confiance, envers le maître, l’enseignement, la lignée, le chemin, et notre capacité à le suivre.

Puis nous réalisons que le maître est devenu “notre” maître car nous sommes prêts à suivre ses instructions quoi qu’il advienne.

 

 “…le maître n’est jamais maître par lui-même, mais maître par rapport à nos besoins. Il nous montre à la fois nos obstacles et notre libération.” 

Cela ne veut pas dire que nous le suivrons sans peur sur le chemin, ni même parfois sans hésitation, mais ce qui caractérise désormais ce lien, c’est l’absence de doute sur le fait que ce soit la bonne chose à faire et l’absence d’hésitation à lui partager nos doutes. A ce moment là, toutes nos interactions deviennent sources d’enseignement, car notre esprit est tourné vers l’éveil et notre coeur empli de dévotion. La patience dont il fait preuve avec ses disciples est source d’inspiration pour la propre patience que nous devons cultiver envers nous-mêmes, notre chemin et les autres ; les voeux que nous prenons auprès de lui sont la source de rappels indispensables dans notre quotidien ; ses instructions sur la manière d’observer notre esprit, des joyaux à cultiver à chaque instant.

Cet entraînement est exigeant, et le maître nous inspire un respect qui peut se mêler à la fois d’appréhension et d’élan du coeur. Parce que nous savons qu’il sera apaisant quand nous en aurons besoin, mais aussi courroucé quand il faudra “réajuster” notre chemin. Et plus nous avançons sur le chemin, plus les instructions seront subtiles, car la vue s’affine.

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Ce n’est pas un défi.

Ce n’est pas un challenge à relever.

C’est le sens progressif du chemin.

Parfois nous avons l’impression que notre maître nous montre le résultat alors que nous cherchons le chemin. En réalité, il nous montre le résultat de mille et une manières, pour que nous empruntions notre chemin. L’authenticité de notre lien garantit que ses instructions seront toujours les bonnes pour nous. Car dans cette relation sans jugement, nous ne pouvons plus nous cacher.

Si nous avons un doute, énonçons-le.

Si nous avons une aspiration, partageons-la.

Si nous avons endommagé un voeu de pratique, confessons-le.

Si nous ne comprenons pas une instruction, questionnons notre maître.

Et saisissons chaque occasion pour affiner notre compréhension de la nature de l’esprit et les conditions de notre éveil, car le maître reflète pour nous nos tendances illusoires et notre nature en même temps. C’est ce reflet qui nous donne une opportunité de reconnaissance et nous permet d’avancer.

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Dans cette tradition, on présente six types maîtres : l’enseignant général, celui qui donne les initiations et les samayas, celui qui permet la restauration des vœux, celui qui donne les instructions cruciales, celui qui libère l’esprit, celui qui guide. A chaque moment du chemin, nous aurons besoin de l’une de ces qualités, pour que l’aspect relatif et l’aspect ultime se rejoignent.

Car le maître n’est jamais maître par lui-même, mais maître par rapport à nos besoins. Il nous montre à la fois nos obstacles et notre libération. Il agit comme nous, mais totalement différemment. Il peut avoir ses plats préférés et ses habitudes, même si tout lui est d’unique saveur. A son contact, nous pourrons alors nous entraîner à faire des offrandes avec l’intention juste. De son point de vue, tout sera toujours correct mais, de notre point de vue, nous pouvons entraîner notre vigilance en observant ses actions et la façon dont il les mène comme autant de moyens offerts pour parcourir notre chemin.

Nous reconnaissons alors que les actions du maître sont toujours l’expression de Thougkje (tib. thugs rje), la grande compassion.

En fait, la caractéristique principale du maître est qu’il n’est autre que le reflet pour nous de la nature primordiale. Dans le Dzogchèn, il est le lien qui nous est indispensable pour découvrir, réaliser et maintenir la nature primordiale de l’esprit.

Pour cela, la bénédiction doit rencontrer la dévotion, l’aspiration du pratiquant. Quand elles se rencontrent, plus aucune question ne demeure : c’est que nous avons trouvé notre maître, un lien profond est établi. Alors nous le suivons jusqu’à l’éveil sans faillir, pour le bien de tous les êtres.

Avec cette aspiration, suivre un maître peut être d’une exigence sans nom, mais sera toujours d’une évidence sans pareil.

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