« dans cent ans, toutes les personnes que tu connais seront mortes et auront disparu »

Dans le métro, mon regard est tombé sur de la poussière dans un angle de ma valise. Ça m’a fait comme un déclic, une porte qui s’ouvre sur la réalisation subite que même une valise, ça ne dure pas pour toute l’éternité.

« Même Mona Lisa se désagrège » dit Tyler Durden dans Fight Club, alors que Edward Norton s’extrait une dent cassée. Il n’a pas tort : notre existence passe en un éclair, elle est transitoire et n’est faite que de transitions : une pensée s’enchaîne à une autre, un travail suit un repos qui précède un travail. La mort arrive vite et c’est ce que me dit ce petit tas de poussière sur l’angle de ma valise.

Je me rappelle d’un texte de mon maître qui parlait d’une expérience de choc fondamental. Un de ses maîtres lui avait dit : « dans cent ans, toutes les personnes que tu connais seront mortes et auront disparu ». Ça lui avait fait un tel choc qu’il était resté dans un état de sidération pendant plusieurs jours, dans une compréhension immédiate de l’extrême impermanence de nos vies.

Alors je vois cette poussière accumulée dans l’angle de ma valise, qui est comme un symbole, un rappel que tout subit le cycle de la corruption, passe par le cycle de la vie et de la mort, et je me dis que moi aussi je meurs déjà.

Et qu’il y a eu une accumulation de générations de gens qui sont morts et que les générations se sont accumulées comme cette poussière sur la valise.

 

 

Et qu’il y a eu autant de générations de gens qui ont compris que quelque chose se jouait là, dans ce rappel de l’impermanence et de l’éphémère, dans cette danse de la mort dans la vie, et qui ont compris qu’ils devaient — qu’ils se devaient à eux-mêmes, en fait — de pratiquer le rappel de la mort au beau milieu des activités de la vie. Et que c’était là le début d’une plus grande préparation à la mort, à sa mort. Ma mort.

Parce que là, tout s’arrête : je me demande pourquoi le métro va ; pourquoi il va là où il va ; pourquoi mes ongles et mes cheveux poussent alors qu’ils vont mourir ; pourquoi je pense alors que je vais mourir.

Je vois les cendres de l’histoire, l’histoire qui se répète, et qui répète ses cendres. Je me demande comment la mort peut me transformer en cendres.

Je vois que je suis poussière.

Et au milieu des cendres de l’histoire, je repense à la formule de Gandhi :

 « Si tu veux voir un changement dans le monde, commence par toi-même. »

Un bon point de départ.

 

6 enseignements sur la destruction des composés impermanents :

Réfléchis ! Il y a destruction car tu es composé de causes et de conditions,

La destruction est certaine car tout ce qui est d’abord né meurt sans exception,

La destruction est certaine car le monde et ses habitants sont transitoires,

Il y a destruction car ta durée de vie est indéterminée et que la mort vient,

Il y a destruction car les jours et les nuits passent en un instant,

Il y a destruction car il est certain que la mort est au bout de la vie.

Longchènpa, Trésor des instructions directes

Écrit par Paul Baffier

Paul, traducteur du tibétain vers l'anglais et le français. Il a été formé à l'INALCO et au Rangjung Yeshe Institute.

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