Losar !

Écrit par Paul Baffier
Dzogchèn Introduction générale | Réflexions sur la vie
Dans « Losar ! », Paul nous propose une réflexion sur les cycles qui se répètent et le lien subtil entre tradition, humanité et univers.
Série : Bonne année !
Losar !
- « Losar [1] ! Un an déjà ! »
- “…nous disons-nous chaque année…”
- « Et depuis combien de temps déjà nous le disons-nous ? »
- “…des années…”
Oui, des années que le temps s’écoule au rythme de la lune [2], suivant le système des sept jours de la semaine, correspondant aux sept planètes principales du système solaire.
“aux tendances lourdes de la gravitation des corps célestes répondent les tendances récurrentes de nos émotions, décisions, chemins de vie…””
Nous l’oublions, mais notre temps, professionnel ou familial, est intimement relié à ce mouvement des astres, dans les cultures traditionnelles comme dans la culture moderne…
Et ce sens de l’infini qui surplombe notre quotidien, comme la voie lactée surplombe notre nuit, a été mis en place il y a longtemps, si longtemps… Déjà les Mésopotamiens employaient déjà le modèle prédictif d’un calendrier luni-solaire, au IIIème millénaire avant notre ère. Les conquérants Mongols, au XIIIème siècle, avaient eux aussi une sorte de système de gouvernance prédictive, car c’est bien quelques cinq mille astrologues nestoriens, arabes et chinois qui se trouvaient présents à la capitale Khanbalik (Beijing) du temps du Khan Gengis, pratiquant chacun divinations et calculs selon leurs modèles respectifs…
Dans bien des cultures traditionnelles, le macrocosme de l’univers immense est relié à notre propre microcosme « personnel » : aux tendances lourdes de la gravitation des corps célestes répondent les tendances récurrentes de nos émotions, décisions, chemins de vie… qu’ils soient individuels ou engagent tout un peuple, qu’ils soient personnels ou politiques, militaires ou spirituels.
Dans la tradition tibétaine, ces cycles sans fin se recommençant sans cesse ont été calculés selon un roulement de soixante ans qui se reproduit : le fameux cycle hexadécimal (tib. bcu drug gong ‘gril lugs) dont chaque année est composée d’un élément (terre, eau, feu, air, bois, métal) et d’un animal (cette année nous sommes « Cheval de feu »).
- « Mais quel rapport avec la Grande Perfection ? », pourrions-nous nous demander.
Eh bien, certains maîtres dzogchen furent aussi férus d’astrologie, car connaître le mouvement des planètes et leurs conjonctions est une manière d’appréhender le mouvement des forces qui nous traversent. Et c’est une manière de préserver le bien commun que de structurer le chaos de la réalité en comprenant comment elle fonctionne.
Ainsi, Rangjung Dorjé, IIIème Karmapa (1284-1339), condisciple de Longchenpa sous la férule du grand Kumaradza, composa un traité d’astrologie sur la base du tantra de Kalachakra, puis initia une tradition astrologique révisée, le système de Tsurphu (tib. mtshur lugs), basé sur un calcul différent. De la même façon, Mipham (1846-1912), maître dzogchèn érudit et inventeur d’horloge notamment, était attentif au mouvement des astres. N’avait-il pas ainsi déclaré lors d’une entrevue privée avec Khenpo Ngakchung au monastère Dzogchèn :
“Aujourd’hui les constellations du Cancer et de Jupiter sont alignées et vous arrivez au moment où je viens de finir mon traité philosophique. C’est un signe extrêmement favorable pour vous.”
Oui, l’univers entier bruisse en nous, et une année entière s’est écoulée.
[1] ”Losar” signifie en tibétain “nouvelle année” (lo : année ; gsar : nouveau). RETOUR
[2] Le calendrier tibétain est établi suivant le rythme des lunaisons. RETOUR
La citation de Mipham Rinpoché et les autres informations sont tirée des sources suivantes :
Khenpo NGAWANG PALZANG, Merveilleuse danse illusoire, Autobiographie de Khenpo Ngawang Palzang, Eusèl Rinchèn Nyingpo Péma Lédrel Tsal, Padmakara, 2021.
Brian BAUMANN, Divine Knowledge : Buddhist Mathematics according to the Anonymous Manual of Mongolian Astrology and Divination, Brill, 2008.
Philippe CORNU, L’astrologie tibétaine, Trédaniel éditeur, 1996.
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