L’histoire des premiers maîtres : Sri Simha

Écrit par Nils Derboule
Blog | Dzogchèn Histoire
Nous continuons l’histoire des premiers maîtres du Dzogchèn avec Śrī Siṃha, qui structura la troisième série du dzogchèn en quatre cycles.
Série : La lignée
Sri Simha
Sri Simha (skt: Śrī Siṃha, tib : Pèlgyi Senggé, Dpal gyi seng ge) nait dans la cité de Shokyam, en Chine. Son père, un “maître de maison”, s’appelle le Vertueux, et sa mère la Sage et Claire. Attiré très jeune par la connaissance, il quitte le foyer familial à 15 ans pour aller étudier auprès d’Haribhala, au pied de l’arbre de la Bodhi de Chine. Pendant trois ans, il apprend les cinq sciences [1] jusqu’à les maîtriser.
Un matin, alors qu’il va à la ville de Suvarnadvipa à dos de chameau, profitant de la clarté d’un jour lumineux pour faire des emplettes pour son maître et peut-être enseigner à l’enfant d’un noble, le seigneur de la grande compassion, l’être d’éveil Avalokiteshvara, lui apparait en vision dans le ciel et lui dit :
“Ô fils fortuné de bonne famille [2] , si tu veux vraiment atteindre l’Eveil, il y a une ville en Inde nommée Sosadvipa : vas-y !”
Réjoui par cette parole prophétique, Sri Simha hésite néanmoins. Il réfléchit intensément et arrive à la conclusion suivante : pour recevoir les enseignements extraordinaires qu’il va trouver en Inde, et en tirer tout le bénéfice possible, il doit d’abord étudier en profondeur les tantras bouddhistes externes et internes.
Ni une, ni deux : après avoir informé son maître de son intention, il se met en route pour la fameuse Montagne aux cinq Pics (Wutaishan), la demeure du grand être d’éveil Manjushri. Il y étudie pendant sept années les tantras auprès du maître Bhelakirti, prend les voeux de bikshu (moine bouddhiste), et continue son étude et sa pratique pendant encore trente ans, maintenant avec une rigueur rare la discipline de ses voeux.… et en oubliant presque la prophétie d’Avalokiteshvara.
La nature de l’esprit, elle, n’oublie pas : le seigneur de la grande compassion se manifeste à nouveau à lui en vision, et lui répète la même chose :
“Ô fils fortuné de bonne famille, si tu veux vraiment atteindre l’Eveil, il y a une ville en Inde nommée Sosadvipa : vas-y !”
Mais Sri Simha tergiverse encore.
Il se dit : “Aller en Inde aujourd’hui ? C’est bien trop dangereux, je n’y arriverai jamais. Sauf si je développe le pouvoir de la marche rapide.” Alors pendant trois ans, il visualise et récite un mantra pour atteindre cet accomplissement.
Puis il se met en route, se déplaçant à 50 centimètres au-dessus du sol. Ce n’est pas aussi rapide que de prendre l’avion, mais neuf jours et neuf nuits plus tard (au lieu de plusieurs mois), il arrive en un seul morceau à Sosadvipa où il rencontre Manjushrimitra, qu’il prie de l’accepter comme disciple.
S’en suivent vingt-cinq ans de transmission et de pratique, entrecoupés d’un séjour à Shitavana à l’occasion duquel il reçoit les enseignements ultra-secrets directement de Prahévajra, qu’il transmettra plus tard à Padmasambhava et Vairocana. [3]
Sri Simha reste ainsi auprès de son maître Dzogchèn jusqu’à ce que le corps du vidyadhara disparaisse dans une grande masse de lumière. L’atmosphère s’emplit de musique et de lumières chatoyantes, et Sri Simha se lamente de voir ainsi son maître passer en nirvana.
Mais soudain, Manjushrimitra (ré)apparaît dans le ciel et place dans le creux de sa main un minuscule coffret, dans lequel Sri Simha découvre le testament spirituel de son maître, Les six expériences de méditation. Une confiance totale dans sa propre réalisation s’élève alors dans son esprit, et la compréhension parfaite de tous les tantras se fait jour.
Transporté de joie, il va à Bodhgaya, y récupère les textes cachés par Manjushrimitra, puis s’en retourne en Chine, où il structure la troisième série des enseignements dzogchèn, la série des instructions directes, en quatre sections : externe, interne, secrète et ultra-secrète.
Il cache les trois premiers cycles, considérés comme “élaborés”, à proximité de l’arbre de la Bodhi chinois et finalement, exhorté par les Dakinis, dissimule le dernier cycle à Tashi Trigo, la porte des myriades de bon augure.
Puis il poursuit ses pratiques à Siljin, où Vimalamitra puis Jnanasutra viendront lui faire la requête des enseignements de la Grande Perfection.
Mais c’est une autre histoire…
[1] Les cinq sciences sont : La science “intérieure” (ie du dharma = de la réalité), la science de la logique et de l’argumentation, la science du langage (grammaire et littérature), la science de la médecine et la science des arts et des techniques. RETOUR
[2] Sri Simha n’était pas d’une noble famille humaine, mais il fait partie de la noble famille (ou famille de bien) des pratiquants des enseignements du Bouddha, à savoir les bodhisattvas ou êtres d’éveil. RETOUR
[3] Ce séjour à Shitavana apparaît seulement dans certaines sources issues de termas, notamment le cycle-trésor du Khandro Nyingthik. RETOUR
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