Les spécificités des termas

Écrit par Mila Khyentse
Blog | Culture et traditions | L'aventure Dzogchèn
Dans « Les spécificités des termas », Mila Khyentse explore les principales caractéristiques des enseignements trésors du Dzogchèn, les termas.
Série : Exposition des lignées Terma
Les spécificités des termas
Pour celles et ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la tradition du Bouddhisme tibétain ou du Dzogchèn, un mot demeure souvent mystérieux : terma (tig. gter ma). De précédents articles (La tradition vivante : lignées Kama et Terma et Les lignées Terma) ont déjà abordé les bases de ce que sont les termas. Nous allons ici explorer leurs spécificités.
“(…) les termas sont réputés pour être un chemin court, « un raccourci » vers la réalisation de la nature primordiale de notre esprit car, dit-on, le « souffle chaud » de la bénédiction est encore entièrement présent.”
La première particularité est que ces enseignements spéciaux sont définis par des conditions – souvent complexes – qui délimitent leur apparition, leur déploiement, leur « efficacité » et leur pérennité. La complexité de ces conditions fait que nous ne sommes jamais certains si un terma va pouvoir rejaillir ou non. Le taux d’échec dans la tradition terma est assez élevé ! Les conditions des termas seront traitées dans un article ultérieur.
La seconde spécificité est que ces enseignements ne sont pas des innovations puisqu’ils ont été transmis pour la première fois au 8e siècle et se sont « maintenus » dans l’esprit du Tertön (tib. gter ston) depuis lors jusqu’au moment de leur redécouverte. Cependant, les « innovations » de chaque cycle terma dépendent de l’évolution des conditions de l’esprit des êtres qui vont le recevoir. Ainsi, la tradition parle de la complexification croissante des cycles et de leurs pratiques, au fur et à mesure de la complexification du chemin de pensée des êtres d’une période à une autre.
Alags Chortèn montrant un terma qu’il a redécouvert, une pilule de guérison. Amdo, Tibet de l’Est. Vers 1980.
Image du titre: Alags Chortèn creusant pour trouver un terma dans le sol. Amdo, Tibet de l’Est. Vers 1975.
La troisième spécificité est que les termas sont réputés pour être un chemin court, « un raccourci » vers la réalisation de la nature primordiale de notre esprit car, dit-on, le « souffle chaud » de la bénédiction est encore entièrement présent. Il est présent car la ou le Tertön qui a redécouvert l’enseignement terma est le maillon qui nous relie directement à l’esprit de sagesse de Padmasambhava (on parle aussi parfois des cycles termas de Vimalamitra et Vairocana). Ainsi, c’est une lignée immédiate, comme si nous recevions les enseignements directement d’un des vingt-cinq disciples principaux de Guru Rinpoché, voire de Guru Rinpoché lui-même. Plus l’enseignement est proche dans le temps, plus la puissance de la bénédiction est importante. C’est pour cela que les enseignements termas majeurs les plus récents comme ceux du Longchen Nyingthig (tib. klong chen snying thig) ou des Dudjom Tersar (tib. bdud ‘joms gter gsar) sont les plus pratiqués aujourd’hui dans le monde.
La quatrième spécificité est que les enseignements – les textes trésors à proprement parler – sont souvent accompagnés « d’objets supports » qui sont des « trésors d’éveil par les cinq sens ». Mon maître, Alags Chortèn (tib. a lags mchod rten), avait retrouvé une grande quantité de ces objets supports et principalement des pilules de guérison. La plupart du temps, il en rêvait la veille de leur redécouverte, avec les personnes à qui elles étaient destinées, l’endroit où elles se trouvaient, ce qu’il fallait faire comme offrandes pour les échanger pour que le lieu garde sa force, etc. Les personnes concernées qui recevaient les pilules ou tout autre type d’objets, avaient généralement une maladie incurable dont elles guérissaient après l’ingestion des trésors d’éveil. Elles tournaient alors immanquablement leur esprit vers l’enseignement des termas et vers Padmasambhava.
La cinquième spécificité est que ces enseignements redécouverts sont limités dans le temps puisqu’ils concernent une période et des besoins spécifiques. Ils sont donc amenés à disparaître, ce qui est généralement spécifié dans les enseignements eux-mêmes. En effet, on dit que la bénédiction qui porte les termas s’appauvrit avec le temps et qu’ils finissent par disparaître. Même s’il est également dit que d’autres rejailliront en d’autres lieux – pas forcément sur cette terre – et à d’autres époques.
La sixième et dernière spécificité que nous aborderons ici est que les cycles termas, les objets et les découvreurs de trésors sont tous connus par les listes données par Padmasambhava à Yéshé Tsogyäl, une de ses compagnes mystiques, à qui il a laissé le soin de cacher une grande partie de ses trésors pour les générations futures.
Ces spécificités font des termas des enseignements uniques du monde himalayen, dont nous sommes les heureux bénéficiaires aujourd’hui. Good karma !
Plus d’articles
Les qualités d’un disciple selon la tradition
Dans «Les qualités d’un disciple selon la tradition» nous apprenons qu’avoir du respect pour soi-même peut nous apprendre à dépasser le soi.
Moi et Pas-moi sont en chemin
Dans « Moi et Pas-moi sont en chemin », Grégoire propose des réflexions sur qui arpente ce chemin, et combien de temps cela peut-il prendre.
Un temps d’observation
Maréva partage l’importance de prendre « Un temps d’observation » au début du chemin pour bâtir des bases solides. Ecouter, étudier, pratiquer.



