La maladie comme remède

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Écrit par Nils Derboule

Nils Derboule est un ingénieur et chef de projet international qui étudie et pratique le Dzogchèn depuis plusieurs années tout en continuant son activité professionnelle.

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Dans cet article, “La maladie comme remède”, le second de la série sur l’existence, Nils nous parle de la maladie et de sa réalité pour le Dzogchèn.

La maladie comme remède

Avec la mort et la vieillesse, la maladie semble être au cœur de nos existences. Cela nous touche tous à un moment ou à un autre de notre vie, et en général, plus d’une fois ! Il y a la maladie bégnine, celle qui passe et que le médecin diagnostique facilement – laryngite, otite, angine… Celle-là ne nous fait pas peur, elle est plus ou moins désagréable, plus ou moins longue, elle peut même aller jusqu’à nous empêcher de travailler, nous mettre en simili quarantaine sociale (une soirée ratée, un dîner annulé), mais rien pour nous inquiéter outre mesure. En d’autres termes : nous sommes en terrain connu, et ce dès la plus petite enfance.

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“La tradition de la Grande Perfection nous recommande de ne jamais oublier notre condition, et en premier lieu que nous sommes des êtres humains. En tant que tels, la maladie fait partie intégrante de ce que nous sommes.”

 

La maladie

Et puis, il y a l’autre type de maladie, celle qui insuffle en nous une crainte bien plus profonde qu’un mal de gorge ou que des troubles gastriques. Le genre de maladie dont le nom prononcé tout haut impose un silence pesant, un malaise perceptible dans la manière dont on respire ou dans un geste trop brusque… Car cette maladie, on le sait, pourrait être la dernière de notre vie.

La pandémie du COVID fait souffler ce vent de panique : agent non maîtrisé, effets inconnus, rapidité de propagation, taux de morbidité… La terreur s’est emparée d’une grande partie de l’humanité. Et c’est avec la même inquiétude primale que nous évoquons cancers, malformations cardiaques ou maladies dégénératives.

Bref, la maladie, nous dit le Larousse, c’est “l’altération de la santé, des fonctions des êtres vivants”. Et, ajouterons-nous, toutes les sensations désagréables, les angoisses, l’incertitude et les douleurs qui l’accompagne.

En Occident, la maladie, on la soigne, on la combat, on en triomphe. On n’a d’autres aspirations que de l’éradiquer. But hautement louable s’il en est, mais peut-être pouvons-nous également garder à l’esprit que tout ce qui naît, meurt… et qu’est-ce que la mort, sinon l’altération sans rémission possible de nos fonctions vitales ?

 

Le remède

La tradition de la Grande Perfection nous recommande de ne jamais oublier notre condition, et en premier lieu que nous sommes des êtres humains. En tant que tels, la maladie fait partie intégrante de ce que nous sommes. Elle est donc inévitable… et inéluctablement, elle nous conduira à la mort. Sachant cela, et surtout l’acceptant totalement comme faisant partie de notre condition d’être humain, nous pouvons alors nous détendre – un petit peu.

Un second conseil de la Grande Perfection est de regarder directement ce que l’on nomme maladie. Quand on regarde en se concentrant correctement, la pensée “maladie” ne demeure pas un seul instant. A peine portons-nous notre attention dessus qu’elle s’évanouit. Au début nous n’y croyons pas, car il y a trop de sensations et d’émotion mélangées à la maladie. Mais peu à peu, en répétant l’exercice, nous arrivons à la certitude que les symptômes ne sont pas la maladie, au même titre que les images d’un rêve ne sont pas le rêve lui-même.

Lorsque nous attrapons la grippe, nous avons des sensations que nous associons à l’idée de maladie. Dans notre esprit se trouve toute une cartographie de pensées, sensations et émotions reliées les unes aux autres par des fils, comme un immense réseau. Découvrir ces liens et voir comment ils fonctionnent tourne notre esprit vers celle ou celui qui observe. Nous concentrant sur l’observateur, celui-ci disparaît à son tour. Alors, la nature de tous ces phénomènes apparaît dans toute sa splendeur, car elle est pointée directement.

La maladie est un formidable moyen pour réaliser cette découverte, qui n’est autre que l’état de la Grande Perfection. Formidable, car en tant qu’humains, nous pouvons compter sur elle pour immanquablement nous toucher aujourd’hui et demain.

 

En voyant un de ses élèves malade, un grand maître dzogchèn a composé un court poème dont voici quelque lignes :

“Les concepts de l’esprit sont maladie,

Donc quand tu es dans l’état de la Réalité ultime, malade,

Il n’y a pas de maladie […]

Toutes les manifestations naturelles sont maladie.

Toutes les maladies sont connaissance primordiale.” [1]

Ces quelques mots résument l’essence même de la vue de la Grande Perfection sur la maladie.

Mais cela ne nous empêche nullement de nous soigner quand nous sommes malades !

[1] Jamyang Khyèntsé Chökyi Lodrö, Le remède bénéfique qui dissipe la maladie, traduction Comité Dzogchen Today!, 2023. Vous pouvez lire la traduction entière ICl.

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