La famille Loup en vacances

Écrit par Grégoire Langouet
Dzogchèn Pratique | Esprit et Dzogchèn | Réflexions sur la vie
Grégoire fait le parallèle entre le loup et le pratiquant du Dzogchèn, entre solitude, vie en communauté, pratique spirituelle et quotidien.
Série : L’été de la montagne
La famille Loup en vacances
Comme les pratiquants dzogchèn, les loups apprécient la montagne… et les vacances. On imagine souvent les uns comme les autres apprécier la solitude des grands espaces, les retraites dans les grottes et le silence peuplé de la nuit. De plus, le yogin du Dzogchèn comme le loup solitaire, peuvent être craints par la population des plaines. Car le loup est souvent dépeint comme un animal dangereux et solitaire. Mais que nenni ! Il est en réalité surtout paisible et sociable, comme le yogin ou la yoginī du Dzogchèn – enfin, pas toujours…
Si la figure du loup solitaire effraye en Europe depuis le Moyen-Âge, il vit en fait plutôt en meute et coopère avec ses semblables, en une sorte de petite structure familiale solidaire. Les loups sont d’une certaine façon à l’image des groupes de pratiquants bouddhistes et dzogchèn. Ces derniers forment la “communauté” ou saṅgha (tib. « gendün » **; dge ‘dun) ; le maṇḍala (tib. dkyil ‘khor) du guru dans le vocabulaire du bouddhisme vajrayāna.
“Donc les loups comme les pratiquants devront s’accommoder de leur vie en collectivité, avec leurs joies et leurs difficultés… surtout en vacances, lorsque toute la petite famille est réunie pour la vie commune… à temps plein !”
Ainsi, même si la pratique suprême semble être celle des yogi et yoginī solitaires, pour la plupart d’entre nous, la vie de groupe semble de mise, une vie partagée, en communauté. De plus, la tradition du Dzogchèn affirme qu’il est nécessaire de pratiquer avec ses conditions de vie ordinaires, y compris la famille et tous ses membres, plus ou moins aimables et aimés.
Au quotidien comme en vacances, en montagne et en forêt, les aspirants-pratiquants du Dzogchèn, tout comme les loups, vivent avec leurs congénères – en meute, en famille –, et tout ce que cela implique : « Papa, quand est-ce qu’on arrive ? » ; « J’ai faim ! » ; « Maman, maman, regarde ! » ; « Non, c’est à moi (je ne veux pas partager) ! ». Dans cet environnement, c’est un challenge que de se rappeler de la nature de l’esprit sans tension, et d’agir ainsi toujours avec justesse ; de maintenir sa concentration focalisée et ouverte, et de porter sa vision sur l’essentiel, sur notre nature même – sur ce qui est au-delà de toutes les conditions, illusoires et transitoires.
Donc les loups comme les pratiquants devront s’accommoder de leur vie en collectivité, avec leurs joies et leurs difficultés… surtout en vacances, lorsque toute la petite famille est réunie pour la vie commune… à temps plein !
Mais quel meilleur « test » que le quotidien dispersant et chaotique des activités familiales en vacances, à l’image de celui de la meute lupine : chercher à manger, cuisiner, se nourrir et se laver, s’occuper des petits comme des plus âgés, etc. ? Vérification express, test grandeur nature de solidité de l’intégration de notre pratique spirituelle dans notre quotidien.
Car il faut bien l’avouer, même en vacances, il n’est pas facile de maintenir sa pratique formelle dans de bonnes conditions. Ou plutôt, il n’est pas facile de maintenir l’essentiel, la vision – que la vision de la nature vide et lumineuse de la réalité soit rappelée, reconnue et maintenue. Le quotidien de la meute-famille, est donc un test, un miroir de notre capacité.
Le loup comme le yogin du Dzogchèn, entre fantasme et réalité, entre liberté solitaire et vie en communauté, figure un subtil équilibre à découvrir chemin faisant. Mais, de toute façon, selon la vision radicale du Dzogchèn cela ne fait aucune différence. Les conditions ne sont rien d’autre que la manifestation naturelle de la nature primordiale. Ainsi, en solitaire ou en famille, en montagne comme à la mer, l’essence originelle du réel n’en aura jamais été affectée. Toutefois, tout de même… entre humain et loup… Car les traditions bouddhistes et dzogchèn insistent sur la préciosité de la vie humaine, condition plus souhaitable que celle d’un loup, même en vacances, en famille, à la montagne ! Quant à celle du loup-garou – à mi-chemin entre humain et loup – , c’est une toute autre histoire. Certainement pour une prochaine fois !
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