La dynamique du geste

Ăcrit par Johanne Bernard
Blog | DzogchĂšn Histoire | DzogchĂšn Pratique
DĂ©couvrez lâarticle de Johanne « la dynamique du geste » perçue comme expression de la nature de lâesprit avec une dĂ©dicace au Bhoutan.
La dynamique du geste
Pic des Vautours, au Nord de lâInde, il y a prĂšs de 2500 ans⊠Sur une montagne surplombant la ville appelĂ©e autrefois Rajagriha, dans le Bihar, le Bouddha Shakyamuni est assis face Ă plus de cinq cents fidĂšles et disciples. Le jour vient de se lever, une lĂ©gĂšre brise souffle⊠Tous attendent lâenseignement que le Bouddha est sur le point de leur donner. Les yeux rivĂ©s sur leur maĂźtre, ils sâapprĂȘtent Ă recevoir ses premiers mots, ses premiĂšres instructions⊠Mais le Bouddha ne dit rien. Aucun mot, aucun son. A la place, il se penche pour cueillir une magnifique fleur dâUdumbara, et, doucement, il la fait tourner entre ses doigts. Un silence circonspect emplit lâassemblĂ©e des fidĂšles. Au premier rang, seul le disciple MahÄkÄĆyapa [1], qui comprend le message du Bouddha, sourit. Il vient de recevoir la premiĂšre transmission du Bouddha, son trĂ©sor le plus prĂ©cieux.La dynamique du geste
âUn geste, qui touche directement lâesprit, suffit Ă rĂ©vĂ©ler la nature primordiale.â
Cette histoire, qui sâest transmise de maĂźtre Ă Ă©lĂšve dans la tradition bouddhiste et particuliĂšrement dans celle du Chan, nous raconte quâil nây a pas besoin de mots pour transmettre lâenseignement. Un geste, qui touche directement lâesprit, suffit Ă rĂ©vĂ©ler la nature primordiale. Dans la tradition DzogchĂšn, câest aussi ce quâĂ©voque le geste de Garab Dorje, premier maĂźtre humain du DzogchĂšn selon la tradition Nyingmapa. ReprĂ©sentĂ© le doigt pointĂ© devant lui, Garab DorjĂ© nous invite, directement, Ă nous retourner pour observer le visage de notre propre esprit. (Lâinstruction du pointĂ© du doigt)
Le geste du Bouddha ou de Garab DorjĂ© est, dans la tradition, lâexpression spontanĂ©e de la nature de lâesprit. Sa dynamique est compassion, car le geste, pour les ĂȘtres qui le reçoivent, est une porte dâaccĂšs Ă leur vĂ©ritable nature.
Dans certains pays, comme le Bhoutan, oĂč jâĂ©tais en voyage, cet aspect dâexpression de la nature de lâesprit par le geste, est complĂštement intĂ©grĂ©. Pour la grande majoritĂ© des Bhoutanais, la question ne se pose pas. Tout est geste du maĂźtre, rayonnement de la nature de lâesprit. Tout est jinlab, bĂ©nĂ©diction du maĂźtre qui touche les ĂȘtres comme autant dâondes de splendeur : la pluie qui tombe, câest le jinlab ; les roches aux formes Ă©voquant le bouddha câest le jinlab, les magnifiques fleurs rouges des rhododendrons qui sâĂ©panouissent au printemps, câest le jinlab ; les offrandes quâils font naturellement, et mĂȘme les difficultĂ©s quâils rencontrent dans leur vie, câest le jinlabâŠ
 Â
Les Bhoutanais, dans leur maniĂšre de vivre, nous apprennent Ă ne pas sĂ©parer lâesprit et le corps, lâunivers et lâindividu. Parce que les actions quâils font viennent directement du cĆur, ils nous montrent, par leur geste, lâexpression naturelle de leur dĂ©votion. Parce que, pour beaucoup, leur lien au maĂźtre est vivant, vĂ©cu Ă chaque instant, ils nous montrent la voie du lien au maĂźtre ultime, nature de lâesprit. Par leur authenticitĂ©, ils nous offrent la possibilitĂ© dâouvrir notre cĆur Ă notre tour, de nous laisser aller dans le courant du lien. Ils nous offrent, directement, la possibilitĂ© de recevoir le geste, dâen percevoir la dynamique, et dâouvrir enfin la porteâŠ
Chaque instant passĂ©, chaque geste reçu, devient alors enseignement⊠Et ce sourire qui naĂźt dans nos coeurs, qui sâinscrit sur nos visages, câest bien, dĂ©sormais, celui, empli de gratitude, de lâĂ©lĂšve, qui sait quâil vient de recevoir un trĂ©sor.
[1] MahÄkÄĆyapa fut lâun des dix plus importants disciples du Bouddha Shakyamuni, et est considĂ©rĂ© comme le premier patriarche du Chan : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mahakashyapa         RETOUR
Plus d’articles
Un (faux) départ
Dans « Un (faux) départ », Mila Khyentse parle des deux chemins dans la tradition du DzogchÚn et des deux jambes nécessaires pour les arpenter.
Cérémonie de clÎture
Dans «cĂ©rĂ©monie de clĂŽture» MarĂ©va marque la fin des JO, comme la mort marque la fin de cette existence et la possibilitĂ© d’un nouveau dĂ©part.
Sâescrimer (ou pas)
Dans « sâescrimer (ou pas) » Damien montre que la maĂźtrise rĂ©side dans une prĂ©sence dĂ©tendue oĂč l’action est perçue comme un rĂȘve.




