Le travail comme base de la pratique

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Written By Mila Khyentse

Mila Khyentse est un enseignant français du Dzogchèn et du Bouddhisme tibétain et l'initiateur du projet Dzogchen Today!

Blog | Dzogchèn Pratique

Dans « Le travail comme base de la pratique », Mila Khyentse parle de travailler et de pratiquer le Dzogchèn en même temps et au même endroit.

 
Series: Travail et Dzogchèn

 

Le travail comme base de la pratique

Pour la Grande Perfection, toutes les situations de l’existence peuvent nous révéler le fonctionnement de notre esprit et nous dévoiler qui nous sommes primordialement… si nous y sommes présents réellement.

Un terrain de jeu et d’apprentissage formidable pour cela est notre job, notre ou nos activités professionnelles, car nous passons une grande majorité de notre temps à travailler, que ce soit en présentiel ou distanciel.

Et si le travail, qui nous permet de vivre, de payer les factures à la fin du mois, et peut-être même d’arriver à un certain épanouissement relatif dans notre vie, pouvait également nous aider à atteindre un épanouissement plus fondamental et bien plus pérenne ? C’est en tous les cas ce que propose le Dzogchèn, puisque sa pratique principale est focalisée sur le fait d’être totalement présents à ce que nous sommes, quelle que soit notre activité et où que nous soyons, jour et nuit.

Comme le dit Khènpo Gangshar : « En essence, en tout temps et en toute situation, laisse l’esprit se détendre dans son état naturel, non fabriqué ; tu ne seras ainsi jamais séparé de l’expérience du dhātu. » [1]

 

 “Pourquoi limiter la pratique au coussin de méditation alors que, dans une vie bien remplie, il faut avouer que l’on ne passe pas beaucoup de temps dessus par rapport à celui que l’on consacre à toutes nos activités. ” 

dzogchentoday-work as a basis for practice.jpg @milakhyentse

Alors quoi de mieux que d’être présent, d’être pleinement là, dans tout ce que nous faisons, même dans notre travail ? Il me suffit de décider de faire de l’activité professionnelle un moyen de mieux me connaître, de découvrir mes limites par ce que je fais et de les dépasser et, surtout, de rencontrer ce qui me conditionne et me définit d’une manière et d’une autre. Combien de fois, lorsque nous rencontrons quelqu’un pour la première fois, mettons-nous en avant notre job, notre fonction, notre activité professionnelle ? Dans la société aujourd’hui, le travail est une partie essentielle de ce qui me détermine et me définit, même à mes propres yeux. Il est donc important de pouvoir prendre appui sur l’activité pour voir comment cela me définit et à quel point, et l’utiliser également pour découvrir autre chose de soi que cette simple définition sociale.

Je me souviens d’un témoignage qu’on m’avait fait il y a pas mal de temps déjà : une personne commençant les préliminaires de la pratique du Dzogchèn découvrait que l’on pouvait se concentrer au travail, autant sur la tâche que l’on est en train de développer que sur ce qui se passe en soi et peut-être même plus… Après quelques jours d’application – se concentrer quand elle y pensait devant l’ordinateur, en réunion, en parlant avec son boss et ses collaborateurs, devant la machine à café, etc. – cette personne a perçu un changement sur sa façon d’être et de regarder. Plus elle gardait la présence de ce qu’il se passait en elle en même temps qu’elle était présente aux interactions, plus elle prenait de recul, et son état d’esprit devenait de plus en plus vaste. Jusqu’au jour où, étant en train de répondre à ses emails dans cet état de présence, elle lut le terme « espace », qui provoqua une expérience « pas normale », décrivit-elle plus tard. Elle n’était plus présente dans l’expérience de son bureau devant son ordinateur, mais avait été dans une autre forme d’expérience de la réalité : un espace extrêmement vaste, lumineux, primordialement vivant. Bien sûr, elle a assimilé cette expérience à une présentation de la nature de l’esprit. Elle n’avait pas tort.

Ça lui a depuis ouvert des perspectives énormes. Elle qui, comme beaucoup, traînait des pieds pour aller au boulot le matin, s’est surprise à être de plus en plus enthousiaste à y retourner. Pas forcément que pour son boss, son entreprise, ses collaborateurs ou le sentiment d’accomplissement transitoire que cela peut procurer, mais parce qu’elle savait désormais qu’elle pouvait se découvrir réellement là aussi, pas que sur son coussin de méditation confortablement installée à la maison. Elle a découvert que sa pratique était dynamique, qu’elle pouvait l’appliquer partout où était son esprit. Il ne lui manquait qu’une seule chose : l’enthousiasme qui permet d’intégrer également tout ce qui peut être pénible, fatiguant, ennuyeux, autant qu’épanouissant, comme révélateur de sa véritable nature.

Pourquoi limiter la pratique au coussin de méditation alors que, dans une vie bien remplie, il faut avouer que l’on ne passe pas beaucoup de temps dessus par rapport à celui que l’on consacre à toutes nos activités. Il suffit juste de découvrir que c’est possible. La pratique, hors de l’activité ou dans l’activité, est toujours la pratique.

Le travail comme moyen de rencontrer sa véritable nature en plus de pouvoir payer les factures à la fin du mois… c’est pas mal, non ?

[1] Khenpo Gangshar Wangpo, « Une manière de se reposer » (dans le sens de demeurer simplement) : https://www.lotsawahouse.org/fr/tibetan-masters/khenpo-gangshar/a-way-of-settling. Le dhātu est la nature primordiale de notre esprit, clarté-luminosité, connaissance primordiale naturelle.          RETOUR

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