Diebu

Écrit par Mila Khyentse
Blog | Culture et traditions | Les bases du Dzogchèn
Dans cet article, « Diebu », Mila Khyentse parle des lieux des lignées et particulièrement de Diebu, celui de son maître.
Série : La lignée
Diebu
Dans la tradition tibétaine, une lignée d’enseignements, c’est : un ensemble spécifique d’enseignements (oraux et écrits) regroupant des instructions Mahāyāna, Vajrayāna et Dzogchèn (ou Mahāmudra) ; des détenteurs desdits enseignements ; des étudiants ; et un ou plusieurs lieux où les trois précédents peuvent être abrités ensembles.
Les lieux, réceptacles physiques de l’activité des lignées peuvent posséder des caractéristiques particulières : une montagne à l’arrière et au-dessus, une rivière devant en contrebas, etc. Cet endroit doit donc posséder des caractères remarquables qui l’isolent du reste du paysage et le transforment en un maṇḍala (tib. dkyil ‘khor) de l’activité éveillée.
“Comme dans l’ensemble du monde tibétain, c’est le maître, la présence vivante de la lignée, qui fait le lieu et non l’inverse.”
Certains lieux évoluent en de grands ensembles monastiques comme Samyé (tib. bsam yas), Séra (tib. se ra dgon pa) ou Laroung Gar (tib. bla rung sgar) ; tandis que d’autres sont de grands ensembles d’ermitages comme Drak Yerpa (tib. brag yer pa) ou la montagne au-dessus du monastère de Samyé, Chimphou (tib. mchims phu) ; ou d’autres encore sont des endroits cachés, « confidentiels » dirait-on maintenant dans le monde de l’industrie hôtelière.
Cette dernière catégorie de « lieux des lignées » est peut-être plus en lien avec la pratique Dzogchèn, qui est une pratique intégrée au monde « tel qu’il est ». Il n’y a donc pas une nécessité de transformer ou d’aménager le paysage pour le transformer en lieu consacré. La consécration (tib. rab gnas) est naturelle et se pratique là où le maître et l’enseignement sont. C’est ainsi que beaucoup enseignent le Dzogchèn là où ils sont, dans leur lieu de vie.
C’était le cas de mon maître, Aleur Chortèn (tib. a lags mchod rten), qui a vécu les vingt dernières années de sa vie à Diebu (prononcer “Diébou”, ou encore “Théwo”, tib. the bo rdzong), dans l’Est tibétain, dans une maison temple – le temple n’étant pas visible de l’extérieur – qui était devenue un lieu de pèlerinage et un centre spirituel pour la population tibétaine locale et pour toutes celles et ceux qui avaient un lien avec lui. La lignée de mon maître a fini par devenir connue comme « la lignée de Diébou » et porte encore ce nom aujourd’hui, même si elle se répand également désormais sous d’autres cieux, notamment dans un lieu appelé “La Sauveté” dans les Pyrénées françaises.
Comme dans l’ensemble du monde tibétain, c’est le maître, la présence vivante de la lignée, qui fait le lieu et non l’inverse.
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