L’histoire des premiers maîtres : Vimalamitra

Écrit par Nils Derboule
Dzogchèn Histoire | Dzogchèn Introduction générale
Avec Vimalamitra, nous clôturons la série des premiers vidhyadhara de la transmission par symbole du Dzogchèn… et nous arrivons au Tibet !
Série : La lignée
Vimalamitra
Vimalamitra est né au début du 8ème siècle en Inde Occidentale dans un village nommé Hastisthala, situé dans la Forêt des Eléphants. Son père s’appelle Roue de félicité et sa mère Clarté de l’Être.
On ne sait guère de chose sur son enfance, mais on le retrouve au monastère de Bodhgaya où il fait ses classes bouddhistes et prends les voeux de moine. Il développe un talent particulier dans l’apprentissage et la connaissance du canon bouddhique, et rejoint les 500 grands pandits, dont fait également partie Jnanasutra.
C’est en compagnie de ce dernier qu’il a une vision de Vajrasattva, qui les incite à aller en Chine y rencontrer un maître dzogchèn afin de réaliser la nature de leur esprit plutôt que de rester, pour la 500ème vie consécutive, dans une connaissance intellectuelle.
Vimalamitra n’hésite pas un seul instant : muni de son seul bol à aumône, il part en Chine et rencontre Shri Simha, un yogi réalisé de la Grande Perfection qui lui transmet les trois premiers cycles de l’essence du coeur de cette tradition.
Satisfait, il rentre en Inde et rencontre fortuitement son ami Jnanasutra, qui n’avait pas voulu jusque-là suivre les conseils reçus en vision, mais qui s’élance à la rencontre de Shri Simha après avoir entendu le récit de son ami.
Vimalamitra, de son côté, part pour le charnier de Tashung pour mettre en pratique les enseignements et y demeure un temps, jusqu’à ce qu’il ait une vision qui lui indique d’aller au charnier de Bashing.
Il y retrouve son ancien ami Jnanasutra en qui il développe une foi inébranlable, et duquel il reçoit tous les enseignements dzogchèn qu’il n’avait pas reçus de Sri Simha. Lorsque Jnanasutra dissout son corps en lumière, Vimalamitra se lamente que son maître les laisse ainsi seuls, lui et tous les êtres, et un coffret est alors déposé dans ses mains. Il contient le testament de Jnanasutra.
Vimalamitra devient un yogi de la Grande Perfection, complètement libre dans son action. Sa réputation traverse les frontières et il se retrouve précepteur du roi Haribhadra, puis de nombreux autres rois d’Inde et du Cachemire, tels Dharmapala et Indrabhuti – de façon simultanée, à plusieurs endroit en même temps, dit la tradition.
Préférant la compagnie des êtres des charniers plutôt que celle des humains des villes, il continue sa pratique des Nyingthik et atteint le corps de lumière.
Pendant ce temps, au Tibet, un ministre de l’empereur Trisong Détsèn a une vision prophétique : l’empereur doit inviter un certain pandit indien du nom de Vimalamitra, pour diffuser les enseignements ésotériques du bouddhisme au pays des neiges. L’empereur délègue trois traducteurs de sanskrit pour lui remettre son invitation. Les trois hommes le retrouvent à la cour du roi Indrabhuti, à qui ils demandent la permission d’inviter le maître indien, alors son précepteur. Le roi et Vimalamitra acceptent et, la veille du départ, une grande fête est organisée.
Mais le lendemain, le roi Indrabhuti et toute sa suite font des rêves de très mauvais présages : le départ de Vimalamitra signerait le déclin des enseignements des Nyingthik dans leur pays.
Au matin, c’est le branle-bas de combat : il s’agit d’empêcher le pandit d’atteindre sa destination. Pour ce faire, des émissaires sont envoyés à tous les carrefours des routes qui mènent à Lhasa, avec ordre de placarder ce message : un sorcier indien voyage avec trois traducteurs, et il va causer la perte du Tibet !
La ruse échoue, et Vimalamitra arrive au Tibet sain et sauf. Toutefois, il y est accueilli avec suspicion ; même l’empereur est inconfortable en sa présence. Il est conduit à Samyé, le premier monastère que le monarque a fait ériger, et lorsqu’il se prosterne devant une statue du bouddha Vairocana, celle-ci tombe en poussière, au grand dam de toute l’assemblée. Ce serait donc bien un sorcier !
Mais d’un geste, le pandit-yogi bénit le tas de poussière qui d’un coup retrouve sa forme de statue, encore plus magnifique qu’avant (et des traits un peu plus indiens).
Dès lors, il se met à enseigner le Mahayana, le grand véhicule du Bouddhisme, et pas les enseignements Dzogchèn, car les Tibétains ne sont pas mûrs… jusqu’à ce que l’un d’entre eux, Yudra Nyingpo, lui révèle qu’il pratique lui aussi la Grande Perfection. Alors, avec plusieurs traducteurs, il commence à traduire des textes de la série de l’esprit (semdé) et de la série de l’espace matriciel (longdé) du Dzogchèn, tandis que la nuit, en secret, il transmet les enseignements Nyingthik à l’empereur.
Après treize ans passés à enseigner, Vimalamitra n’a toujours pas trouvé de disciple pour le cycle ultra-secret du Dzogchèn. Son activité se terminant sur le toit du monde, il cache alors les quatre volumes de textes de ce cycle à Samyé et quitte le pays des neiges pour les pics sacrés de Wutai Shan en Chine.
Mais les souhaits de Vimalamitra sont puissants, et sa compassion sans limite : avant de partir, il fait le souhait de revenir une fois par siècle au Tibet pour transmettre le Bouddhisme et le Dzogchèn. Et c’est effectivement ce qui se passe. Dans les siècles suivants, de grands maîtres (tels Longchènpa, Jigmé Lingpa, Jamyang Khyèntsé Wangpo) manifesteront l’activité de Vimalamitra. C’est le cas encore jusqu’à aujourd’hui.
Et, pour celles et ceux qui ont un karma et une intention purs, on dit qu’il est également possible de le rencontrer directement là où il demeure, sur la montagne de Wutai Shan.
Tout simplement.
Il y a d’ailleurs de nombreuses histoires à ce sujet…
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