L’histoire des premiers maîtres : Jnanasutra

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Écrit par Nils Derboule

Nils Derboule est un ingénieur généraliste et chef de projet qui étudie et pratique le Dzogchèn depuis plusieurs années tout en restant dans l'activité.

Dzogchèn Histoire

La saga des premiers maîtres du Dzogchèn continue avec Jñanasutra, qui consacra sa 500ème et dernière vie d’érudit à la pratique de la Grande Perfection et l’atteinte du corps de lumière.

Série : La lignée

 

Jñanasutra

 

Jñanasutra (tib. ye shes mdo, Yéshé do), en français “Connaissance primordiale des sutras”, tient un rôle quasi secondaire dans la lignée des premiers Vidyadhara du Dzogchèn. Et pourtant, sans lui, Vimalamitra n’aurait peut-être jamais reçu le cycle ultra-secret de la tradition, les Nyingthik.

Né à Kamaru dans l’est de l’Inde actuelle [1] dans une famille de hors caste (ou de shudra, de serviteurs, selon les sources), il doit avoir un sacré bon karma et beaucoup de persévérance, car il devient un bouddhiste très érudit et se retrouve parmi les fameux cinq cent pandits qui résident en permanence à Bodhgaya.

Rapidement, il se lie d’amitié avec un autre pandit, Vimalamitra et ils finissent par passer la plupart de leur temps ensemble. Un jour, alors qu’ils se promènent dans la forêt à l’ouest de Bodhgaya tout en débattant de points particulièrement subtils de la doctrine du Bouddha, Vajrasattva leur apparaît en vision et leur dit :

Oh, fils de noble famille, cela fait cinq cents vies que vous renaissez érudits, que vous étudiez et pratiquez, mais vous n’avez toujours pas atteint le fruit, l’Eveil. Et vous prenez encore le même chemin aujourd’hui ! Alors, si vous voulez réaliser le corps de lumière dans cette existence, vous devez aller au charnier de Siljin, en Chine.

Profondément impressionnés par cette vision, les deux amis devisent sur les moyens d’y aller. Mais Vimalamitra est le plus décidé et il part aussitôt en Chine, où il rencontre Sri Simha et le prie de lui transmettre les enseignements de la Grande Perfection. Pendant plusieurs années, il reçoit les instructions externes, internes et secrètes, mais pas les textes correspondants.

Satisfait, Vimalamitra rentre en Inde où il croise, à Gajé, son ami Jñanasutra.

-Alors, demande ce dernier, as-tu rencontré un saint à Siljin ?

-De saint, point, répond Vimalamitra. Mais j’ai rencontré un Bouddha !

Jñanasutra n’hésite plus. Grâce au pouvoir de la marche rapide [2], il couvre en une journée un trajet de neuf mois. Arrivé au charnier de Siljin, il rencontre Sri Simha, qu’il sert pendant trois ans avant de lui faire des offrandes et de lui demander les instructions de la Grande Perfection.

Alors, pendant une longue période, il reçoit toute la lignée orale. Enfin, satisfait, Jñanasutra se prépare à partir quand Sri Simha lui demande :

-Es-tu satisfait ?

-Oui !

-Mais les enseignements ne t’ont pas encore été confiés !

Le pandit comprend qu’il y a des enseignements plus profonds et fait alors la requête de les recevoir.

-Cela nécessite de recevoir les initiations, répond le maître.

Alors, pendant plusieurs années, celui-ci lui donne les transmissions élaborées, simples, très simples et finalement extrêmement simples, et à chaque transmission Jñanasutra les met en pratique jusqu’à ce que les signes correspondants apparaissent. Puis, pendant seize ans encore, il reste auprès de son maître pour parachever la connaissance et la maîtrise de son esprit.

Un jour, Sri Simha est invité pour donner des enseignements au Lithang. Sept jours après son départ, alors que Jñanasutra est resté au pays, ce dernier entend un grand bruit dans le ciel. Comme il lève la tête, il voit son maître dans une grande masse de lumière, et réalise que celui-ci a fait le corps d’arc-en-ciel. Il offre alors des prières et des suppliques, et le testament de Sri Simha, Les sept clous, tombe dans ses mains.

Mais l’apparition ne s’arrête pas là. La voix de son maître retentit dans le ciel et lui dit : “Retire les textes des Nyingthik qui se trouvent cachés dans un pilier du temple de Tashi Trigo, puis va au charnier de Bhasing.”

Jñanasutra s’exécute et commence à enseigner aux dakinis du charnier, quand Vimalamitra arrive. Jñanasutra confère alors à ce dernier toutes les transmissions de pouvoir du Dzogchèn et lui confie tous les textes en sa possession.

Puis, quelque temps plus tard, Jñanasutra atteignant la réalisation de la Grande Perfection, son corps disparaît en une masse de lumière. Alors que Vimalamitra se lamente et supplie son maître de lui donner ses dernières instructions les plus cruciales, son testament jaillit de la lumière et atterrit dans les mains du pandit, qui découvre Les quatre méthodes de contemplation.

Ainsi, Jñanasutra a permis que l’intégralité des enseignements Dzogchèn parviennent jusqu’à Vimalamitra qui, à son tour, va pouvoir les transmettre au Pays des Neiges.

Mais ceci est une autre histoire.

 

Notes :

[1]Certaines sources parlent plutôt d’une cité nommée Kamashilé (ou Kamashila), qui se situerait dans l’est de l’Inde. RETOUR

[2] Un siddhi (accomplissement, ou pouvoir) dit “mondain”, qui peut être atteint par la récitation de millions de mantra d’une certaine pratique tantrique. Sri Simha possédait également ce pouvoir.   RETOUR

 

Les autres histoires : 

Sources :

  • Master of meditation and miracles, Tulku Thondup, ed. Shambahala, 1999
  • L’avénement de la grand perfection naturelle, Nyoshul Khenpo Jamyang Dorjé, ed. Padmakara, 2016
  • The Supreme Source, Chögyal Namkhai Norbu & Adriano Clemente, Snow Lion, 1999
  • The Nyingma School of Tibetan Buddhism, Dudjom Rinpoche, Wisdom, 2002

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